La plus importante organisation syndicale patronale de l'hôtellerie saisonnière française
Dossiers

Statistiques et analyses établies par Jacques JOND, Président de la FAGIHT (Sources : FAGIHT - INSEE - Direction du Tourisme)
Téléchargez le RAPPORT HÔTELLERIE 2005 (document PDF de 123 Ko, certifié sans virus connu)

GRAVE RECUL DE L'HOTELLERIE SAISONNIERE EN FRANCE

 

I - LE CONSTAT - L'ETAT DES LIEUX

Dans le cadre du rapport général sur le devenir de l'Hôtellerie Indépendante dont il ressort que celle-ci est malheureusement en régression sensible en France, il est indispensable de réserver une analyse spécifique pour l'Hôtellerie Saisonnière, c'est-à-dire l'Hôtellerie dont la période totale d'ouverture est de moins de 9 mois par année pour des causes liées à son implantation et à sa vocation vis-à-vis d'une clientèle touristique de Stations d'été ou d'hiver, de montagne ou du littoral ou bien thermales.
Pour ne pas se perdre dans des moyennes nationales qui occultent presque toujours les situations réelles négatives ou positives en les lissant, nous choisirons à titre d'exemples frappants les références statistiques élaborées tout spécialement dans les Alpes du Nord où l'évolution négative massive est inquiétante, non seulement au niveau professionnel hôtelier, mais au plan de l'économie régionale, de l'emploi et de l'aménagement du territoire.

Zones les plus saisonnières

Pourquoi ?

Les études de localisation et de taux de pénétration de l'Hôtellerie Saisonnière en France, menées par l'Observatoire National du Tourisme ont montré que le territoire le plus concerné par la Saisonnalité est celui des Alpes, du Nord au Sud, en nombre d'Hôtels de Tourisme.
Ce territoire connaît 2 saisons : hiver et été, tout spécialement dans les Alpes du Nord où l'on trouve, à la fois :
la plus forte concentration de Stations de Sports d'Hiver en France (plus de la moitié)
une forte présence de stations thermales dont plusieurs parmi les plus importantes de France, telles Aix-Les-Bains, Evian, Brides-Les-Bains
et également la plus forte concentration française d'hôtellerie de bords de lacs : Lac Léman - Lac d'Annecy - Lacs du Bourget et d'Aiguebelette.

Utopie des 4 saisons
Ce territoire est couvert par quelque 150 Stations dont la vocation est saisonnière et leur Hôtellerie ne peut qu'être saisonnière. Pour des raisons climatiques incontournables, les incantations en faveur d'une ouverture sur 4 saisons sont une utopie pour tenter d'échapper aux réalités : les conséquences néfastes d'un tel irréalisme sont là.
Ces atouts touristiques de premier plan, la double saisonnalité pour au moins une moitié du Parc Hôtelier, auraient dû théoriquement permettre une meilleure résistance qu'ailleurs mais il n'en est rien car, en fait, les mois de fréquentation “rentables” dans l'Industrie Hotelière, activité de main d'œuvre, sont au mieux de 4 par an, sauf exception.

 

II – LES PERTES – LES CAUSES

L'ajout de mois supplémentaires d'ouverture, et donc de périodes de sous-fréquentation inéluctable, ne ferait qu'accélérer la disparition de cette hôtellerie ouverte en moyenne de 6 à 7 mois par an.

Les charges financières liées à l'investissement (durée et taux des emprunts), les impôts locaux et les charges sociales, sont encore plus insupportables pourl'Hôtellerie Saisonnière que pour l'Hôtellerie à l'année en particulier par rapport à celle qui est implantée dans les centres urbains importants.

Notons que sur 3 961 hôtels saisonniers encore dénombrés à ce jour, seuls 28 sont des hôtels de chaînes intégrées : les financiers choisissent la rentabilité en se concentrant sur les centres urbains et les échangeurs autoroutiers.
On les comprend ...

Présence de 50 % d'Hôtellerie saisonnière dans les Alpes de Savoie contre 22 % ou moins dans les autres régions très touristiques

Notre échantillon étudié de manière approfondie dans les Alpes du Nord concerne tout spécialement les deux Savoie où l'on trouve sur l'ensemble de leur territoire :
Stations de Sports d'Hiver et de Montagne d'Eté
Stations thermales et Centres de villégiature d'été : moyenne montagne et bords de lacs.

En effet, il apparaît que l'autre Région française de grand tourisme la plus saisonnière la Côte d'Azur, (soit les Alpes Maritimes et le Var) présente des caractéristiques beaucoup moins typées, sans doute à cause de la présence de très grosses agglomérations, voire métropoles régionales comme NICE, TOULON, CANNES où l'hôtellerie permanente est largement prédominante, alors qu'au contraire l'hôtellerie saisonnière représente 50 % du parc total dans les Alpes de Savoie et 53 % des chambres.

Cette hôtellerie saisonnière ne représente que 22 % du parc total sur la Côte d'Azur (Alpes Maritimes et Var) et 17.6 % en chambres. La Côte d'Azur est donc peu significative puisque la présence de l'Hôtellerie saisonnière y est pratiquement identique à la moyenne française des régions les plus touristiques. Comment a évolué cet échantillon "Alpes de Savoie" au cours des 10 dernières années ?

21 % de disparition d'hôtels
14 % de disparition de chambres
dans les Alpes de Savoie
La vulnérabilité du parc hôtelier des Alpes de Savoie est d'autant plus grande que les seuls établissements saisonniers y représentent donc la moitié de toute l'hôtellerie. En 10 ans, ces seuls établissements saisonniers constituant la moitié du Parc hôtelier tourisme ont perdu 21 % de leurs effectifs et 14 % de leurs chambres.

La perte totale du parc hôtelier Alpes de Savoie étant de – 12 % (permanents et saisonniers), ce sont donc les "saisonniers" qui ont subi la quasi-totalité des disparitions d'hôtels indépendants de tourisme, la présence des chaînes étant relativement faible (5 % des établissements). Celles-ci contribuent à ramener la perte globale en chambres à – 9 % compte-tenu de leur capacité supérieure à la moyenne.

L'hôtellerie saisonnière (toujours indépendante) subit en quelque sorte de manière aggravée toutes les vicissitudes de l'Hôtellerie indépendante en France.
Son extrême vulnérabilité accélère sa disparition.

Cette réalité nationale mise en exergue ci-dessus à partir d'un exemple majeur et incontournable est confirmée dans les autres régions françaises de grand tourisme dotées de Stations thermales, de montagne d'été et de Sports d'Hiver, ou bien de stations balnéaires.

Le taux de pénétration beaucoup plus faible de l'Hôtellerie Saisonnière dans les régions hors Alpes de Savoie (tel moins de 22 % du parc hôtelier de tourisme contre plus de 50 %) et l'importance limitée en valeur absolue des hôtels saisonniers dans beaucoup de départements expliquent sans doute pourquoi l'économie locale beaucoup moins touchée globalement par la disparition de l'hôtellerie saisonnière, réagit peu à un phénomène négatif grave et très marqué.

 

III - Recul général de l'Hôtellerie saisonnière en France

Alpes de Savoie (2 départements) : 21 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 134 établissements.
Côte d'Azur (2 départements) : Alpes Maritimes et Var ) : 12 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 34 établissements.
Pyrénées (5 départements) : 21 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 94 établissements.
Côtes Atlantiques (5 départements) : 20 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 66 établissements.
Bretagne (4 départements) : 16 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 40 établissements.
Auvergne (4 départements) : 29 % de disparition d'Hôtels de Tourisme saisonniers en 10 ans, soit 96 établissements.

Les disparitions d'Hôtels de Tourisme saisonniers dans les Vosges, le Jura et le Doubs atteignent des sommets en pourcentage par rapport à 1994, avec une diminution moyenne de 40 % de leur parc : soit 44 établissements.

Toute l'Hôtellerie saisonnière française souffre et se trouve peu à peu éliminée, sauf exception.
De plus, il ressort de l'analyse de ces résultats que la Montagne d'été ou de Sports d'Hiver connaît le plus grave recul.

 

IV - QUELS REMEDES ?

Les aides régionales à la modernisation, aux agrandissements ou au financement des normes de sécurité, particulièrement développées en France pour l'hôtellerie sont insuffisantes et parfois même peuvent pousser le chef d'entreprise à effectuer de gros travaux difficiles à amortir par la suite, dans le secteur de l'Hôtellerie Saisonnière.

Si la France veut sauver ce qu'il reste de son parc d'hôtels saisonniers, particulièrement précieux dans le cadre de l'aménagement du territoire, parce qu'implanté dans des zones économiques fragiles de montagne ou du littoral, il est indispensable que le Gouvernement intervienne largement sur des paramètres essentiels et non par des "mesurettes" sans effets déterminants :

Des remèdes déterminants s'attaquant aux causes fondamentales de la crise

1 - Allongement de la durée des prêts à l'investissement (20 à 25 ans) : constructions, agrandissements, rénovations fondamentales.
2 - Réduction des frais financiers par bonification des taux d'intérêts ou tout autre moyen.
3 - Réduction, proportionnelle à la durée d'ouverture des hôtels saisonniers, des impôts locaux ou autres, du type des taxes foncières par exemple.
Ces pistes fondamentales ne sont pas exhaustives.

Ce qui est certain, c'est que la plupart des mesures en vigueur pour l'Industrie Hôtelière permanente sont inadaptées à l'Industrie Hôtelière saisonnière (apprentissage, stages d'école hôtelière, etc...).

Ce qui est certain, c'est que l'Industrie Hôtelière saisonnière connaît et subit des problèmes spécifiques complexes et onéreux (recrutement du personnel sans cesse renouvelé, logement, nourriture de ce personnel, lenteur des retours sur investissements disproportionnés au chiffre d'affaires possible).
Cette vulnérabilité de l'Hôtellerie saisonnière accompagnée pour le chef d'entreprise d'une prise de risques croissante, y compris sur ses biens, conduit à poser au Gouvernement cette question lapidaire :
"Estimez-vous prioritaire ou au moins très important pour la FRANCE de conserver son parc d'hôtellerie saisonnière, comme la Suisse ou l'Autriche, au titre de l'économie, de l'emploi, et surtout de l'aménagement du territoire ?
Si oui, vous engagez-vous à entreprendre sans délai les réformes assurant sa survie ?
".

 

INTERPELLATION DU GOUVERNEMENT

Le Gouvernement est bien entendu libre de faire d'autres choix s'il ne considère pas indispensable l'hôtellerie saisonnière comme une pierre angulaire de l'économie touristique en FRANCE.

Alors il faut qu'il le déclare clairement aux chefs d'entreprise, pour que ceux-ci puissent à temps reconvertir leurs établissements en studios, appartements, résidences secondaires, ou autres...